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 Alphonse De Lamartine

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sylvie
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MessageSujet: Alphonse De Lamartine   Mar 20 Nov - 22:49

Poèmes Du Cours Familier De Littérature
Et Autres Poèmes.

Par Alphonse De Lamartine (1790-1869)

Le Désert, ou l’immatérialité de Dieu

I.

Il est nuit... Qui respire ?... Ah ! c’est la longue haleine,
La respiration nocturne de la plaine !
Elle semble, ô désert ! craindre de t’éveiller.

Accoudé sur ce sable, immuable oreiller,
J’écoute, en retenant l’haleine intérieure,
La brise du dehors, qui passe, chante et pleure ;
Langue sans mots de l’air, dont seul je sais le sens,
Dont aucun verbe humain n’explique les accents,
Mais que tant d’autres nuits sous l’étoile passées
M’ont appris, des l’enfance, à traduire en pensées.
Oui, je comprends, ô vent ! ta confidence aux nuits :
Tu n’as pas de secret pour mon âme, depuis
Tes hurlements d’hiver dans le mât qui se brise,
jusqu’à la demi-voix de l’impalpable brise
Qui sème, en imitant des bruissements d’eau,
L’écume du granit en grains sur mon manteau.
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Quel charme de sentir la voile palpitante
Incliner, redresser le piquet de ma tente,
En donnant aux sillons qui nous creusent nos lits
D’une mer aux longs flots l’insensible roulis !
Nulle autre voix que toi, voix d’en haut descendue.
Ne parle à ce désert muet sous l’étendue.
Qui donc en oserait troubler le grand repos ?
Pour nos balbutiements aurait-il des échos ?
Non ; le tonnerre et toi, quand ton simoun y vole,
Vous avez seuls le droit d’y prendre la parole,
Et le lion, peut-être, aux narines de feu,
Et Job, lion humain, quand il rugit à Dieu !...
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Comme on voit l’infini dans son miroir, l’espace !
A cette heure où, d’un ciel poli comme une glace,
Sur l’horizon doré la lune au plein contour
De son disque rougi réverbère un faux jour,
Je vois à sa lueur, d’assises en assises,
Monter du noir Liban les cimes indécises,
D’où l’étoile, émergeant des bords jusqu’au milieu,
Semble un cygne baigné dans les jardins de Dieu.
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II.

Sur l’Océan de sable où navigue la lune,
Mon oeil partout ailleurs flotte de dune en dune ;
Le sol, mal aplani sous ces vastes niveaux,
Imite les grands flux et les reflux des eaux.
A peine la poussière, en vague amoncelée,
Y trace-t-elle en creux le lit d’une vallée,
Où le soir, comme un sel que le bouc vient lécher,
La caravane boit la sueur du rocher.
L’oeil, trompé par l’aspect au faux jour des étoiles,
Croît que, si le navire, ouvrant ici ses voiles.
Cinglait sur l’élément où la gazelle a fui,
Ces flots pétrifiés s’amolliraient sous lui.
Et donneraient aux mâts courbés sur leurs sillages
Des lames du désert les sublimes tangages !
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Mais le chameau pensif, au roulis de son dos,
Navire intelligent, berce seul sur ces flots ;
Dieu le fit, ô désert ! pour arpenter ta face,
Lent comme un jour qui vient après un jour qui passe,
Patient comme un but qui ne s’approche pas,
Long comme un infini traversé pas à pas,
Prudent comme la soif quarante jours trompée,
Qui mesure la goutte à sa langue trempée ;
Nu comme l’indigent, sobre comme la faim,
Ensanglantant sa bouche aux ronces du chemin ;
Sûr comme un serviteur, humble comme un esclave,
Déposant son fardeau pour chausser son entrave,
Trouvant le poids léger, l’homme bon, le frein doux,
Et pour grandir l’enfant pliant ses deux genoux !
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III.

Les miens, couchés en file au fond de la ravine,
Ruminent sourdement l’herbe morte ou l’épine ;
Leurs longs cous sur le sol rampent comme un serpent ;
Aux flancs maigres de lait leur petit se suspend,
Et, s’épuisant d’amour, la plaintive chamelle
Les lèche en leur livrant le suc de sa mamelle.
Semblables à l’escadre à l’ancre dans un port,
Dont l’antenne pliée attend le vent qui dort,
Ils attendent soumis qu’au réveil de la plaine
Le chant du chamelier leur cadence leur peine,
Arrivant chaque soir pour repartir demain,
Et comme nous, mortels, mourant tous en chemin !
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MessageSujet: Re: Alphonse De Lamartine   Mar 20 Nov - 22:49

IV.

D’une bande de feu l’horizon se colore,
L’obscurité renvoie un reflet à l’aurore ;
Sous cette pourpre d’air, qui pleut du firmament,
Le sable s’illumine en mer de diamant.

Hâtons-nous !... replions, après ce léger somme,
La tente d’une nuit, semblable aux jours de l’homme,
Et, sur cet océan qui recouvre les pas,
Recommençons la route où l’on n’arrive pas !

Eh ! ne vaut-elle pas celles où l’on arrive ?
Car, en quelque climat que l’homme marche ou vive,
Au but de ses désirs, pensé, voulu, rêvé,
Depuis qu’on est parti qui donc est arrivé ?...
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Sans doute le désert, comme toute la terre,
Est rude aux pieds meurtris du marcheur solitaire,
Qui plante au jour le jour la tente de Jacob,
Ou qui creuse en son coeur les abîmes de Job !
Entre l’Arabe et nous le sort tient l’équilibre ;
Nos malheurs sont égaux... mais son malheur est libre !
Des deux séjours humains, la tente ou la maison,
L’un est un pan du ciel, l’autre un pan de prison ;
Aux pierres du foyer l’homme des murs s’enchaîne,
Il prend dans ses sillons racine comme un chêne :
L’homme dont le désert est la vaste cité
N’a d’ombre que la sienne en son immensité.
La tyrannie en vain se fatigue à l’y suivre.
Être seul, c’est régner ; être libre, c’est vivre.
Par la faim et la soif il achète ses biens ;
Il sait que nos trésors ne sont que des liens.
Sur les flancs calcinés de cette arène avare
Le pain est graveleux, l’eau tiède, l’ombre rare ;
Mais, fier de s’y tracer un sentier non frayé,
Il regarde son ciel et dit : Je l’ai payé !...

Sous un soleil de plomb la terre ici fondue
Pour unique ornement n’a que son étendue ;
On n’y voit point bleuir, jusqu’au fond d’un ciel noir,
Ces neiges où nos yeux montent avec le soir ;
On n’y voit pas au loin serpenter dans les plaines
Ces artères des eaux d’où divergent les veines
Qui portent aux vallons par les moissons dorés
L’ondoiement des épis ou la graisse des prés ;
On n’y voit pas blanchir, couchés dans l’herbe molle,
Ces gras troupeaux que l’homme à ses festins immole ;
On n’y voit pas les mers dans leur bassin changeant
Franger les noirs écueils d’une écume d’argent,
Ni les sombres forêts à l’ondoyante robe
Vêtir de leur velours la nudité du globe,
Ni le pinceau divers que tient chaque saison
Des couleurs de l’année y peindre l’horizon ;
On n’y voit pas enfin, près du grand lit des fleuves,
Des vieux murs des cités sortir des cités neuves,
Dont la vaste ceinture éclate chaque nuit
Comme celle d’un sein qui porte un double fruit !
Mers humaines d’où monte avec des bruits de houles
L’innombrable rumeur du grand roulis des foules !
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V.

Rien de ces vêtements, dont notre globe est vert,
N’y revêt sous ses pas la lèpre du désert ;
De ses flancs décharnés la nudité sans germe
Laisse les os du globe en percer l’épiderme ;
Et l’homme, sur ce sol d’où l’oiseau même a fui,
Y charge l’animal d’y mendier pour lui.
Plier avant le jour la tente solitaire,
Rassembler le troupeau qui lèche à nu la terre ;
Autour du puits creusé par l’errante tribu
Faire boire l’esclave où la jument a bu ;
Aux flancs de l’animal, qui s’agenouille et brame,
Suspendre à poids égaux les enfants et la femme ;
Voguer jusqu’à la nuit sur ces vagues sans bords,
En laissant le coursier brouter à jeun son mors ;
Boire à la fin du jour, pour toute nourriture,
Le lait que la chamelle à votre soif mesure,
Ou des fruits du dattier ronger les maigres os ;
Recommencer sans fin des haltes sans repos
Pour épargner la source où la lèvre s’étanche ;
Partir et repartir jusqu’à la barbe blanche...
Dans des milliers de jours à tous vos jours pareils
Ne mesurer le temps qu’au nombre des soleils ;
Puis de ses os blanchis, sur l’herbe des savanes,
Tracer après sa mort la route aux caravanes...
Voilà l’homme !... Et cet homme a ses félicités !
Ah ! c’est que le désert est vide des cités ;
C’est qu’en voguant au large, au gré des solitudes,
On y respire un air vierge des multitudes !
C’est que l’esprit y plane indépendant du lieu ;
C’est que l’homme est plus homme et Dieu même plus Dieu !

Moi-même, de mon âme y déposant la rouille,
Je sens que j’y grandis de ce que j’y dépouille,
Et que mon esprit, libre et clair comme les deux,
Y prend la solitude et la grandeur des lieux !
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MessageSujet: Re: Alphonse De Lamartine   Mar 20 Nov - 22:50

VI.

Tel que le nageur nu, qui plonge dans les ondes,
Dépose au bord des mers ses vêtements immondes,
Et, changeant de nature en changeant d’élément,
Retrempe sa vigueur dans le flot écumant ;
II ne se souvient plus, sur ces lames énormes,
Des tissus dont la maille emprisonnait ses formes,
Des sandales de cuir, entraves de ses pies,
De la ceinture étroite où ses flancs sont liés,
Des uniformes plis, des couleurs convenues
Du manteau rejeté de ses épaules nues ;
Il nage, et, jusqu’au ciel par la vague emporté,
Il jette à l’Océan son cri de liberté !...
Demandez-lui s’il pense, immergé dans Veau vive,
Ce qu’il pensait naguère accroupi sur la rive !
Non, .ce n’est plus en lui l’homme de ses habits,
C’est l’homme de l’air vierge et de tous les pays.
En quittant le rivage, il recouvre son âme :
Roi de sa volonté, libre comme la lame !...
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VII.

Le désert donne à l’homme un affranchissement
Tout pareil à celui de ce fier élément ;
A chaque pas qu’il fait sur sa route plus large,
D’un de ses poids d’esprit l’espace le décharge ;
Il soulève en marchant, à chaque station,
Les serviles anneaux de l’imitation ;
Il sème, en s’échappant de cette Egypte humaine,
Avec chaque habitude, un débris de sa chaîne...
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Ces murs de servitude, en marbre édifiés,
Ces balbeks tout remplis de dieux pétrifiés,
Pagodes, minarets, panthéons, acropoles,
N’y chargent pas le sol du poids de leurs coupoles ;
La foi n’y parle pas les langues de Babel ;
L’homme n’y porte pas, comme une autre Rachel,
Cachés sous son chameau, dans les plis de sa robe,
Les dieux de sa tribu que le voleur dérobe !
L’espace ouvre l’esprit a l’immatériel.
Quand Moïse au désert pensait pour Israël,
A ceux qui portaient Dieu, de Memphis en Judée,
L’arche ne pesait pas... car Dieu n’est qu’une idée !
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VIII.

Et j’ai vogué déjà, depuis soixante jours,
Vers ce vague horizon qui recule toujours ;
Et mon âme, oubliant ses pas dans sa carrière,
Sans espoir en avant, sans retour en arrière,
Respirant à plein souffle un air illimité,
De son isolement se fait sa volupté.
La liberté d’esprit, c’est ma terre promise !
Marcher seul affranchit, penser seul divinise...
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La lune, cette nuit, visitait le désert ;
D’un brouillard sablonneux son disque recouvert
Par le vent du simoun, qui soulève sa brume,
De l’océan de sable en transperçant l’écume,
Rougissait comme un fer de la forge tiré ;
Le sol lui renvoyait ce feu réverbéré ;
D’une pourpre de sang l’atmosphère était teinte,
La poussière brûlait, cendre au pied mal éteinte ;
Ma tente, aux coups du vent, sur mon front s’écroula,
Ma bouche sans haleine au sable se colla ;
Je crus qu’un pas de Dieu faisait trembler la terre,
Et, pensant l’entrevoir à travers le mystère,
Je dis au tourbillon : - O Très-Haut ! si c’est toi,
Comme autrefois à Job, en chair apparais-moi !...
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IX.

Mais son esprit en moi répondit : « Fils du doute,
Dis donc à l’Océan d’apparaître à la goutte !
Dis à l’éternité d’apparaître au moment !
Dis au soleil voilé par l’éblouissement
D’apparaître en clin d’oeil à la pâle étincelle
Que le ver lumineux ou le caillou recèle !
Dis à l’immensité, qui ne me contient pas,
D’apparaître à l’espace inscrit dans tes deux pas !

« Et par quel mot pour toi veux-tu que je me nomme ?
Et par quel sens veux-tu que j’apparaisse à l’homme,
Est-ce l’oeil, ou l’oreille, ou la bouche, ou la main ?
Qu’est-il en toi de Dieu ? Qu’est-il en moi d’humain ?
L’oeil n’est qu’un faux cristal voilé d’une paupière,
Qu’un éclair éblouit, qu’aveugle une poussière ;
L’oreille, qu’un tympan sur un nerf étendu,
Que frappe un son charnel par l’esprit entendu ;
La bouche, qu’un conduit par où le ver de terre
De la terre et de l’eau vit ou se désaltère ;
La main, qu’un muscle adroit, doué d’un tact subtil ;
Mais quand il ne tient pas, ce muscle, que sait-il ?...
Peux-tu voir l’invisible ou palper l’impalpable ?
Fouler aux pieds l’esprit comme l’herbe ou le sable ?
Saisir l’âme ? embrasser l’idée avec les bras ?
Ou respirer Celui qui ne s’aspire pas ?...

« Suis-je opaque, ô mortels ! pour vous donner une ombre ?
Éternelle unité, suis-je un produit du nombre ?
Suis-je un lieu pour paraître à l’oeil étroit ou court ?
Suis-je un son pour frapper sur l’oreille d’un sourd ?
Quelle forme de toi n’avilit ma nature ?
Qui ne devient petit quand c’est toi qui mesure ?...
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MessageSujet: Re: Alphonse De Lamartine   Mar 20 Nov - 22:50

« Dans quel espace enfin des abîmes des’ deux
Voudrais-tu que ma gloire apparût à tes yeux ?
Est-ce sur cette terre où dans la nuit tu rampes ?
Terre, dernier degré de ces milliers de rampes
Qui toujours finissant recommencent toujours,
Et dont le calcul même est trop long pour tes jours ?
Petit charbon tombé d’un foyer de comète
Que sa rotation arrondit en planète,
Qui du choc imprimé continue à flotter,
Que mon oeil oublîrait aux confins de l’éther
Si, des sables de feu dont je sème ma nue,
Un seul grain de poussière échappait à ma vue ?

« Est-ce dans mes soleils ? ou dans quelque autre feu
De ces foyers du ciel, dont le grand doigt de Dieu
Pourrait seul mesurer le diamètre immense ?
Mais, quelque grand qu’il soit, il finit, il commence.
On calculerait donc mon orbite inconnu ?
Celui qui contient tout serait donc contenu ?
Les pointes du compas, inscrites sur ma face,
Pourraient donc en s’ouvrant mesurer ma surface ?
Un espace des cieux, par d’autres limité,
Emprisonnerait donc ma propre immensité ?
L’astre où j’apparaîtrais, .par un honteux contraste,
Serait plus Dieu que moi, car il serait plus vaste ?
Et le doigt insolent d’un vil calculateur
Comme un nombre oserait chiffrer son Créateur ?...

« Du jour où de l’Eden la clarté s’éteignit,
L’antiquité menteuse en songes me peignit ;
Chaque peuple à son tour, idolâtre d’emblème,
Me fit semblable à lui pour m’adorer lui-même.

« Le Gange, le premier, fleuve ivre de pavots,
Où les songes sacrés roulent avec les flots,
De mon être intangible en voulant palper l’ombre.
De ma sainte unité multiplia le nombre,
De ma métamorphose éblouit ses autels,
Fit diverger l’encens sur mille dieux mortels ;
De l’éléphant lui-même adorant les épaules.
Lui fit porter sur rien le monde et ses deux pôles,
Éleva ses tréteaux dans le temple indien,
Transforma l’Éternel en vil comédien,
Qui, changeant à sa voix de rôle et de figure,
Jouait le Créateur devant sa créature !
La Perse, rougissant de cet ignoble jeu,
Avec plus de respect m’incarna dans le feu ;
Pontife du soleil, le pieux Zoroastre
Pour me faire éclater me revêtit d’un astre.

« Chacun me confondit avec son élément :
La Chine astronomique avec le firmament ;
L’Egypte moissonneuse avec la terre immonde
Que le dieu-Nil arrose et le dieu-boeuf féconde ;
La Grèce maritime avec l’onde ou l’éther
Que gourmandait pour moi Neptune ou Jupiter,
Et, se forgeant un ciel aussi vain qu’elle-même,
Dans la Divinité ne vit qu’un grand poëme !

« Mais le temps soufflera sur ce qu’ils ont rêvé,
Et sur ces sombres nuits mon astre s’est levé.
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MessageSujet: Re: Alphonse De Lamartine   Mar 20 Nov - 22:51

X.

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« Insectes bourdonnants, assembleurs de nuages,
Vous prendrez-vous toujours au piège des images ?
Me croyez-vous semblable aux dieux de vos tribus ?
J’apparais à l’esprit, mais par mes attributs !
C’est dans l’entendement que vous me verrez luire,
Tout oeil me rétrécit qui croit me reproduire.
Ne mesurez jamais votre espace et le mien,
Si je n’étais pas tout je ne serais plus rien !

« Non, ce second chaos qu’un panthéiste adore,.
Où dans l’immensité Dieu même s’évapore,
D’éléments confondus pêle-mêle brutal
Où le bien n’est plus bien, où le mal n’est plus mal ;
Mais ce tout, centre-Dieu de l’âme universelle,
Subsistant dans son oeuvre et subsistant sans elle :
Beauté, puissance, amour, intelligence et loi,
Et n’enfantant de lui que pour jouir de soi...
Voilà la seule forme où je puis t’apparaître !
Je ne suis pas un être, ô mon fils ! Je suis l’Etre !
Plonge dans ma hauteur et dans ma profondeur,
Et conclus ma sagesse en pensant ma grandeur !
Tu creuseras en vain le ciel, la mer, la terre,
Pour m’y trouver un nom ; je n’en ai qu’un... MYSTÈRE. »

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- « O mystère ! lui dis-je, eh bien ! sois donc ma foi...
Mystère, ô saint rapport du Créateur à moi !
Plus tes gouffres sont noirs, moins ils me sont funèbres ;
J’en relève mon front ébloui de ténèbres !
Quand l’astre à l’horizon retire sa splendeur,
L’immensité de l’ombre atteste sa grandeur.
A cette obscurité notre foi se mesure,
Plus l’objet est divin, plus l’image est obscure.
Je renonce à chercher des yeux, des mains, des bras,
Et je dis : C’est bien toi, car je ne te vois pas ! »

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XI.

Ainsi, dans sou silence et dans sa solitude,
Le désert me parlait mieux que la multitude.
O désert ! ô grand vide où l’écho vient du ciel !
Parle à l’esprit humain, cet immense Israël !
Et moi, puissé-je, au bout de l’uniforme plaine
Où j’ai suivi longtemps la caravane humaine,
Sans trouver dans le sable élevé sur ses pas
Celui qui l’enveloppe et qu’elle ne voit pas,
Puissé-je, avant le soir, las des Babels du doute,
Laisser mes compagnons serpenter dans leur route,
M’asseoir au puits de Job, le front dans mes deux mains,
Fermer enfin l’oreille à tous verbes humains,
Dans ce morne désert converser face â face
Avec l’éternité, la puissance et l’espace :
Trois prophètes muets, silences pleins de foi,
Qui ne sont pas tes noms, Seigneur ! mais qui sont toi,
Evidences d’esprit qui parlent sans paroles,
Qui ne te taillent pas dans le bloc des idoles,
Maïs qui font luire, au fond de nos obscurités,
Ta substance elle-même en trois vives clartés.
Père et mère à toi seul, et seul né sans ancêtre,
D’où sort sans t’épuiser la mer sans fond de l’Être,
Et dans qui rentre en toi jamais moins, toujours plus,
L’Être au flux éternel, à l’éternel reflux !
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Et puissé-je, semblable à l’homme plein d’audace
Qui parla devant toi, mais à qui tu fis grâce,
De ton ombre couvert comme de mon linceul,
Mourir seul au désert dans la foi du GRAND SEUL !
1856
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MessageSujet: Re: Alphonse De Lamartine   Mar 20 Nov - 22:51

La Vigne et la Maison
Psalmodies de l’Âme
Dialogue entre mon âme et moi


MOI

Quel fardeau te pèse, ô mon âme !
Sur ce vieux lit des jours par l’ennui retourné,
Comme un fruit de douleurs qui pèse aux flancs de femme
Impatient de naître et pleurant d’être né ?
La nuit tombe, ô mon âme ! un peu de veille encore !
Ce coucher d’un soleil est d’un autre l’aurore.
Vois comme avec tes sens s’écroule ta prison !
Vois comme aux premiers vents de la précoce automne
Sur les bords de l’étang où le roseau frissonne,
S’envole brin à brin le duvet du chardon !
Vois comme de mon front la couronne est fragile !
Vois comme cet oiseau dont le nid est la tuile
Nous suit pour emporter à son frileux asile
Nos cheveux blancs pareils à la toison que file
La vieille femme assise au seuil de sa maison !

Dans un lointain qui fuit ma jeunesse recule,
Ma sève refroidie avec lenteur circule,
L’arbre quitte sa feuille et va nouer son fruit :
Ne presse pas ces jours qu’un autre doigt calcule,
Bénis plutôt ce Dieu qui place un crépuscule
Entre les bruits du soir et la paix de la nuit !
Moi qui par des concerts saluai ta naissance,
Moi qui te réveillai neuve à cette existence
Avec des chants de fête et des chants d’espérance,
Moi qui fis de ton coeur chanter chaque soupir,
Veux-tu que, remontant ma harpe qui sommeille,
Comme un David assis près d’un Saül qui veille,
Je chante encor pour t’assoupir?


L’ÂME

Non ! Depuis qu’en ces lieux le temps m’oublia seule,
La terre m’apparaît vieille comme une aïeule
Qui pleure ses enfants sous ses robes de deuil.
Je n’aime des longs jours que l’heure des ténèbres,
Je n’écoute des chants que ces strophes funèbres
Que sanglote le prêtre en menant un cercueil.


MOI

Pourtant le soir qui tombe a des langueurs sereines
Que la fin donne à tout, aux bonheurs comme aux peines;
Le linceul même est tiède au coeur enseveli :
On a vidé ses yeux de ses dernières larmes,
L’âme à son désespoir trouve de tristes charmes,
Et des bonheurs perdus se sauve dans l’oubli.

Cette heure a pour nos sens des impressions douces
Comme des pas muets qui marchent sur des mousses :
C’est l’amère douceur du baiser des adieux.
De l’air plus transparent le cristal est limpide,
Des mots vaporisés l’azur vague et liquide
S’y fond avec l’azur des cieux.

Je ne sais quel lointain y baigne toute chose,
Ainsi que le regard l’oreille s’y repose,
On entend dans l’éther glisser le moindre vol;
C’est le pied de l’oiseau sur le rameau qui penche,
Ou la chute d’un fruit détaché de la branche
Qui tombe du poids sur le sol.

Aux premières lueurs de l’aurore frileuse,
On voit flotter ces fils dont la vierge fileuse
D’arbre en arbre au verger a tissé le réseau :
Blanche toison de l’air que la brume encor mouille,
Qui traîne sur nos pas, comme de la quenouille
Un fil traîne après le fuseau.

Aux précaires tiédeurs de la trompeuse automne,
Dans l’oblique rayon le moucheron foisonne,
Prêt à mourir d’un souffle à son premier frisson;
Et sur le seuil désert de la ruche engourdie,
Quelque abeille en retard, qui sort et qui mendie,
Rentre lourde de miel dans sa chaude prison.

Viens, reconnais la place où ta vie était neuve,
N’as-tu point de douceur, dis-moi, pauvre âme veuve,
À remuer ici la cendre des jours morts ?
À revoir ton arbuste et ta demeure vide,
Comme l’insecte ailé revoit sa chrysalide,
Balayure qui fut son corps ?

Moi, le triste instinct m’y ramène :
Rien n’a changé là que le temps;
Des lieux où notre oeil se promène,
Rien n’a fui que les habitants.

Suis-moi du coeur pour voir encore,
Sur la pente douce au midi,
La vigne qui nous fit éclore
Ramper sur le roc attiédi.

Contemple la maison de pierre,
Dont nos pas usèrent le seuil :
Vois-la se vêtir de son lierre
Comme d’un vêtement de deuil.

Écoute le cri des vendanges
Qui monte du pressoir voisin,
Vois les sentiers rocheux des granges
Rougis par le sang du raisin.

Regarde au pied du toit qui croule :
Voilà, près du figuier séché,
Le cep vivace qui s’enroule
À l’angle du mur ébréché !

L’hiver noircit sa rude écorce;
Autour du banc rongé du ver,
Il contourne sa branche torse
Comme un serpent frappé du fer.

Autrefois, ses pampres sans nombre
S’entrelaçaient autour du puits,
Père et mère goûtaient son ombre,
Enfants, oiseaux, rongeaient ses fruits.

Il grimpait jusqu’à la fenêtre,
Il s’arrondissait en arceau;
Il semble encor nous reconnaître
Comme un chien gardien d’un berceau.

Sur cette mousse des allées
Où rougit son pampre vermeil,
Un bouquet de feuilles gelées
Nous abrite encor du soleil.

Vives glaneuses de novembre,
Les grives, sur la grappe en deuil,
Ont oublié ces beaux grains d’ambre
Qu’enfant nous convoitions de l’oeil.

Le rayon du soir la transperce
Comme un albâtre oriental,
Et le sucre d’or qu’elle verse
Y pend en larmes de cristal.

Sous ce cep de vigne qui t’aime,
Ô mon âme ! ne crois-tu pas
Te retrouver enfin toi-même,
Malgré l’absence et le trépas ?

N’a-t-il pas pour toi le délice
Du brasier tiède et réchauffant
Qu’allume une vieille nourrice
Au foyer qui nous vit enfant ?

Ou l’impression qui console
L’agneau tondu hors de saison,
Quand il sent sur sa laine folle
Repousser sa chaude toison ?
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MessageSujet: Re: Alphonse De Lamartine   Mar 20 Nov - 22:52

L’ÂME

Que me fait le coteau, le toit, la vigne aride ?
Que me ferait le ciel, si le ciel était vide ?
Je ne vois en ces lieux que ceux qui n’y sont pas !
Pourquoi ramènes-tu mes regrets sur leur trace ?
Des bonheurs disparus se rappeler la place,
C’est rouvrir des cercueils pour revoir des trépas !


I

Le mur est gris, la tuile est rousse,
L’hiver a rongé le ciment;
Des pierres disjointes la mousse
Verdit l’humide fondement;
Les gouttières, que rien n’essuie,
Laissent, en rigoles de suie,
S’égoutter le ciel pluvieux,
Traçant sur la vide demeure
Ces noirs sillons par où l’on pleure,
Que les veuves ont sous les yeux;

La porte où file l’araignée,
Qui n’entend plus le doux accueil,
Reste immobile et dédaignée
Et ne tourne plus sur son seuil;
Les volets que le moineau souille,
Détachés de leurs gonds de rouille,
Battent nuit et jour le granit;
Les vitraux brisés par les grêles
Livrent aux vieilles hirondelles
Un libre passage à leur nid !

Leur gazouillement sur les dalles
Couvertes de duvets flottants
Est la seule voix de ces salles
Pleines des silences du temps.
De la solitaire demeure
Une ombre lourde d’heure en heure
Se détache sur le gazon :
Et cette ombre, couchée et morte,
Est la seule chose qui sorte
Tout le jour de cette maison !


II

Efface ce séjour, ô Dieu ! de ma paupière,
Ou rends-le-moi semblable à celui d’autrefois,
Quand la maison vibrait comme un grand coeur de pierre
De tous ces coeurs joyeux qui battaient sous ses toits.

À l’heure où la rosée au soleil s’évapore
Tous ces volets fermés s’ouvraient à sa chaleur,
Pour y laisser entrer, avec la tiède aurore,
Les nocturnes parfums de nos vignes en fleur.

On eût dit que ces murs respiraient comme un être
Des pampres réjouis la jeune exhalaison;
La vie apparaissait rose, à chaque fenêtre,
Sous les beaux traits d’enfants nichés dans la maison.

Leurs blonds cheveux, épars au vent de la montagne,
Les filles se passant leurs deux mains sur les yeux,
Jetaient des cris de joie à l’écho des montagnes,
Ou sur leurs seins naissants croisaient leurs doigts pieux.

La mère, de sa couche à ces doux bruits levée,
Sur ces fronts inégaux se penchait tour à tour,
Comme la poule heureuse assemble sa couvée,
Leur apprenant les mots qui bénissent le jour.

Moins de balbutiements sortent du nid sonore,
Quand, au rayon d’été qui vient la réveiller,
L’hirondelle au plafond qui les abrite encore,
À ses petits sans plume apprend à gazouiller.

Et les bruits du foyer que l’aube fait renaître,
Les pas des serviteurs sur les degrés de bois,
Les aboiements du chien qui voit sortir son maître,
Le mendiant plaintif qui fait pleurer sa voix,

Montaient avec le jour; et, dans les intervalles,
Sous des doigts de quinze ans répétant leur leçon,
Les claviers résonnaient ainsi que des cigales
Qui font tinter l’oreille au temps de la moisson !
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MessageSujet: Re: Alphonse De Lamartine   Mar 20 Nov - 22:52

III

Purs ces bruits d’année en année
Baissèrent d’une vie, hélas ! et d’une voix,
Un fenêtre en deuil, à l’ombre condamnée,
Se ferma sous le bord des toits.

Printemps après printemps de belles fiancées
Suivirent de chers ravisseurs,
Et, par la mère en pleurs sur le seuil embrassées,
Partirent en baisant leurs soeurs.

Puis sortit un matin pour le champ où l’on pleure
Le cercueil tardif de l’aïeul,
Puis un autre, et puis deux, et puis dans la demeure
Un vieillard morne resta seul !

Puis la maison glissa sur la pente rapide
Où le temps entasse les jours;
Puis la porte à jamais se ferma sur le vide,
Et l’ortie envahit les cours ! ...


IV

Ô famille ! ô mystère ! ô cour de la nature !
Où l’amour dilaté dans toute créature
Se resserre en foyer pour couver des berceaux,
Goutte de sang puisée à l’artère du monde
Qui court de cour en cour toujours chaude et féconde,
Et qui se ramifie en éternels ruisseaux !

Chaleur du sein de mère où Dieu nous fit éclore,
Qui du duvet natal nous enveloppe encore
Quand le vent d’hiver siffle à la place des lits,
Arrière-goût du lait dont la femme nous sèvre,
Qui même en tarissant nous embaume la lèvre;
Étreinte de deux bras par l’amour amollis !

Premier rayon du ciel vu dans des yeux de femmes,
Premier foyer d’une âme où s’allument nos âmes,
Premiers bruits de baisers au coeur retentissants !
Adieux, retours, départs pour de lointaines rives,
Mémoire qui revient pendant les nuits pensives
À ce foyer des coeurs, univers des absents !

Ah ! que tout fils dise anathème
À l’insensé qui vous blasphème !
Rêveur du groupe universel,
Qu’il embrasse, au lieu de sa mère,
Sa froide et stoïque chimère
Qui n’a ni coeur, ni lait, ni sel !

Du foyer proscrit volontaire,
Qu’il cherche en vain sur cette terre
Un père au visage attendri;
Que tout foyer lui soit de glace,
Et qu’il change à jamais de place
Sans qu’aucun lieu lui lette un cri !

Envieux du champ de famille,
Que, pareil au frelon qui pille
L’humble ruche adossée au mur,
Il maudisse la loi divine
Qui donne un sol à la racine
Pour multiplier le fruit mûr !

Que sur l’herbe des cimetières
Il foule, indifférent, les pierres
Sans savoir laquelle prier !
Qu’il réponde au nom qui le nomme
Sans savoir s’il est né d’un homme
Ou s’il est fils d’un meurtrier ! ...
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MessageSujet: Re: Alphonse De Lamartine   Mar 20 Nov - 22:52

V

Dieu ! qui révèle aux coeurs mieux qu’à l’intelligence !
Resserre autour de nous, faits de joie et de pleurs,
Ces groupes rétrécis où de ta providence
Dans la chaleur du sang nous sentons les chaleurs;

Où, sous la porte bien close,
La jeune nichée éclose
Des saintetés de l’amour
Passe du lait de la mère
Au pain savoureux qu’un père
Pétrit des sueurs du jour;

Où ces beaux fronts de famille,
Penchés sur l’âtre et l’aiguille,
Prolongent leurs soirs preux:
Ô soirs ! ô douces veillées
Dont les images mouillées
Flottent dans l’eau de nos yeux !

Oui, je vous revois tous, et toutes, âmes mortes !
Ô chers essaims groupés aux fenêtres, aux portes !
Les bras tendus vers vous, je crois vous ressaisir,
Comme on croit dans les eaux embrasser des visages
Dont le miroir trompeur réfléchit les images,
Mais glace le baiser aux lèvres du désir.

Toi qui fis la mémoire, est-ce pour qu’on oublie ?...
Non, c’est pour rendre au temps à la fin tous ses jours,
Pour faire confluer, là-bas, en un seul cours,
Le passé, l’avenir, ces deux moitiés de vie
Dont l’une dit jamais et l’autre dit toujours.
Ce passé, doux Éden dont notre âme est sortie,
De notre éternité ne fait-il pas partie ?
Où le temps a cessé tout n’est-il pas présent ?
Dans l’immuable sein qui contiendra nos âmes
Ne rejoindrons-nous pas tout ce que nous aimâmes
Au foyer qui n’a plus d’absent ?

Toi qui formas ces nids rembourrés de tendresses
Où la nichée humaine est chaude de caresses,
Est-ce pour en faire un cercueil ?
N’as-tu pas dans un pan de tes globes sans nombre
Une pente au soleil, une vallée à l’ombre
Pour y rebâtir ce doux seuil ?

Non plus grand, non plus beau, mais pareil, mais le même,
Où l’instinct serre un coeur contre les durs qu’il aime,
Où le chaume et la tuile abritent tout l’essaim,
Où le père gouverne, où la mère aime et prie,
Où dans ses petits-fils l’aïeule est réjouie
De voir multiplier son sein !

Toi qui permets, ô père ! aux pauvres hirondelles
De fuir sous d’autres cieux la saison des frimas,
N’as-tu donc pas aussi pour tes petits sans ailes
D’autres toits préparés dans tes divins climats ?
Ô douce Providence ! ô mère de famille
Dont l’immense foyer de tant d’enfants fourmille,
Et qui les vois pleurer souriante au milieu,
Souviens-toi, coeur du ciel, que la terre est ta fille
Et que l’homme est parent de Dieu !
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MessageSujet: Re: Alphonse De Lamartine   Mar 20 Nov - 22:53

MOI

Pendant que l’âme oubliait l’heure
Si courte dans cette saison,
L’ombre de la chère demeure
S’allongeait sur le froid gazon;
Mais de cette ombre sur la mousse
L’impression funèbre et douce
Me consolait d’y pleurer seul :
Il me semblait qu’une main d’ange
De mon berceau prenait un lange
Pour m’en faire un sacré linceul !









Lettre à Alphonse Karr, jardinier 1857

Esprit de bonne humeur et gaîté sans malice
Qui même en le grondant badine avec le vice,
Et qui, levant la main sans frapper jusqu'aux pleurs,
Ne fustige les sots qu'avec un fouet de fleurs !
Nice t'a donc prêté le bord de ses corniches
Pour te faire au soleil le nid d'algue où tu niches ;
C'est donc là que se mêle au bruit des flots dormants
Le bruit rêveur et gai de tes gazouillements !

Oh ! que ne puis-je, hélas! de plus près les entendre !
Oh ! que la liberté lente se fait attendre !
Quand pourrai-je à ce monde ayant payé rançon,
Suspendre comme toi ma veste à ton buisson,
Et, déchaussant mes pieds saignants de dards sans nombre,
Te dire en t'embrassant : « Ami, vite un peu d'ombre !
» Nous avons trop hâlé notre front et nos mains
» Au soleil, aux roulis des océans humains ;
» Echappés tous les deux d'un naufrage semblable,
» Faisons-nous sur la plage un oreiller de sable,
» Et qu'insensiblement, flot à flot, pli sur pli,
» La marée en montant nous submerge d'oubli !

Il faut à tout beau soir son Jardin des Olives !

N'est-il pas, sur le bord du champ que tu cultives,
Parmi les citronniers, les cyprès et les buis,
Un maigre champ portant sa maison et son puits ?
Le figuier, tronc qui vit et qui meurt avec l'homme,
N'y fait-il pas briller sa figue en pleurs de gomme ?
N'y pend-il pas aux murs ses rameaux tortueux
Comme pour subsister ou crouler avec eux ?
Vingt ou trente oliviers, à l'ombre diaphane,
N'y sont-ils pas penchés par la corde de l'âne ?
Sur l'écorce en lambeaux de leurs troncs écaillés
N'y voit-on pas courir les lézards éveillés ?
N'entend-on pas au creux du sillon qui la brûle
La cigale aux cent voix chanter la canicule ?
Dans le ravin plus vert, sous l'ombre du coteau,
Ne voit-on pas filtrer goutte à goutte un peu d'eau
Où, pourvu que le Ciel avare un jour y pleuve,
Altéré par ses chants ton rossignol s'abreuve ?
Ne voit-on pas du seuil luire entre les rochers
La plaine aux bleus sillons que fendent les nochers,
Où la vague à la vague en jetant son écume
Passe dans la lumière et se perd dans la brume ?
N'en respire-t-on pas, jusque sur la hauteur,
Comme d'un foin fauché l'enivrante senteur ?
Le choc de ses flots lourds, quand l'autan les soulève,
N'y fait-il pas voguer, rouler, trembler en rêve ?
Le terrible infini qu'on voit à l'horizon
N'y refoule-t-il pas le coeur à la maison ?
N'y bénit-on pas Dieu de cet arpent de terre
Où l'on repose en paix sous l'arbre sédentaire,
Où l'on s'éveille au moins comme on s'est endormi,
Sur cette fourmillière où l'homme est la fourmi ?

Enfin, autour du seuil de la hutte cachée,
Ne voit-on pas toujours la terre frais-bêchée
Verdoyer du duvet des semis printanniers
Dont les coeurs de laitue enfleront les paniers ?
La bêche au fil tranchant que le gazon essuie,
L'arrosoir au long cou qui simule la pluie,
L'échelle qui se dresse aux espaliers des toits,
La serpette qui tond, comme un troupeau, le bois,
Le long râteau qui peigne et qui grossit en gerbes
Quand la faux a passé, les verts cheveux des herbes,
Outils selon la plante et selon la saison,
N'y sont-ils pas pendus aux clous sur la cloison ?

S'il est près de ta mer une telle colline,
Ami ! pour mon hiver retiens la plus voisine.

On dit que d'écrivain tu t'es fait jardinier ;
Que ton âne au marché porte un double panier;
Qu'en un carré de fleurs ta vie a jeté l'ancre
Et que tu vis de thym au lieu de vivre d'encre ?
On dit que d'Albion la vierge au front vermeil,
Qui vient comme à Baïa fleurir à ton soleil,
Achetant tes primeurs de la rosée écloses,
Trouve plus de velours et d'haleine à tes roses?
Je le crois ; dans le miel plante et goût ne sont qu'un,
L'esprit du jardinier parfume le parfum !

Est-on déshonoré du métier qu'on exerce ?
Abdolonyme roi fit ce riant commerce.
Tout homme avec fierté peut vendre sa sueur !
Je vends ma grappe en fruit comme tu vends ta fleur,
Heureux quand son nectar, sous mon pied qui la foule,
Dans mes tonneaux nombreux en ruisseaux d'ambre coule,
Produisant à son maître, ivre de sa cherté,
Beaucoup d'or pour payer beaucoup de liberté !
Le sort nous a réduits à compter nos salaires,
Toi des jours, moi des nuits, tous les deux mercenaires ;
Mais le pain bien gagné craque mieux sous la dent :
Gloire à qui mange libre un sel indépendant !

La fortune, semblable à la servante agile
Qui tire l'eau du puits pour sa cruche d'argile,
Elevant le seau double au chanvre suspendu,
Le laisse retomber quand il est répandu ;
Ainsi, pour donner l'âme à des foules avides,
Elle nous monta pleins et nous descendit vides.
Ne nous en plaignons pas, elle est esclave, et fait
Le ménage divin de son maître parfait ;
Bénissons-la plutôt, retombés dans la vase,
De n'avoir pas brisé tout entier l'humble vase,
D'avoir bu dans l'écuelle et de nous avoir pris
Tantôt pour le pouvoir, tantôt pour le mépris.
L'un et l'autre sont bons, pourvu qu'on y respecte
Le rôle de l'étoile ou celui de l'insecte,
L'homme n'a de valeur qu'à son jour, à son lieu,
Brin de fil enchâssé dans la toile de Dieu !...
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MessageSujet: Re: Alphonse De Lamartine   Mar 20 Nov - 22:53

Te souviens-tu du temps où tes guêpes caustiques,
Abeilles bien plutôt des collines Attiques,
De l'Hyméte embaumé venaient chaque saison
Pétrir d'un suc d'esprit le miel de la raison ?
Ce miel, assaisonné du bon sens de la Grèce,
Ne cherchait le piquant qu'à travers la justesse.
Aristophane ou Sterne en eût été jaloux ;
On y sentait leur sel, mais le tien est plus doux.
Ces insectes volant en essaim d'étincelles,
Cachaient leur aiguillon sous l'éclair de leurs ailes ;
A leur bourdonnement on souriait plutôt,
La grâce comme une huile y guérissait le mot !

C'était aussi le temps, où ces jouets de l'âme,
Tes romans, s'effeuillaient sur des genoux de femme,
Et laissaient à leurs sens, ivres du titre seul,
L'indélébile odeur de la fleur du tilleul !

Enfin, te souviens-tu de ces jours où l'orage
A la hauteur du flux fit monter ton courage
Prompt à tout, prêt à tout, à la mort, à l'exil,
Quand il fallait conduire un peuple avec un fil,
Et que tu traversais la grande Olimpiade,
Aristipe masqué du front d'Alcibiade ?
As-tu donc oublié comme au fort du péril
Ton coeur en éclatant répondait au fusil ?
Ah ! je m'en souviens, moi ! Je crois te voir encore
A l'heure où sur Paris montait la rouge aurore,
Quand ma lampe jetait sa dernière lueur,
Et qu'un bain de ma veille étanchait la sueur,
Tu t'asseyais tranquille au bord de ma baignoire,
Le front pâle et pourtant illuminé d'histoire ;
Tu me parlais de Rome un Tacite à la main,
Des victoires d'hier, des dangers de demain,
Des citoyens tremblants, de l'aube prête à naître,
Des excès, des dégoûts et de la soif d'un maître,
Du défilé terrible à passer sans clarté,
Pont sur le feu qui mène au ciel de Liberté !
Tu regardais la peur en face, en homme libre,
Et ta haute raison rendait plus d'équilibre
A mon esprit frappé de tes grands à-propos
Que le bain n'en rendait à mes membres dispos !
J'appris à t'estimer, non au vain poids d'un livre,
Mais au poids d'un grand coeur qui sait mourir ou vivre !

Ils sont passés ces jours dont tu dois être fier ;
C'était un autre siècle et pourtant c'est hier !
Les regretterais-tu ? Pour bêcher plus à l'aise,
Il fait bien moins de vent au pied de la falaise ;
Heureux qui du gros temps, où sombra son bateau,
A sauvé comme toi sa bêche et son râteau !
Quand l'homme se resserre à sa juste mesure,
Un coin d'ombre pour lui c'est toute la nature ;
L'orateur du forum, le poète badin,
Horace et Cicéron, qu'aimaient-ils ? un jardin :
L'un à Tibur trempé des grottes de Neptune,
L'autre en son Tusculum plein d'échos de tribune.
Un jardin qu'en cent pas l'homme peut parcourir,
Va ! c'est assez pour vivre et même pour mourir !

J'ai toujours envié la mort de ce grand homme,
Esprit athénien dans un consul de Rome,
Doué de tous les dons parfaits quoique divers,
Fulminant dans sa prose et rêveur dans ses vers,
Cicéron en un mot, âme encyclopédique,
Digne de gouverner la saine république,
Si Rome, riche en maître et pauvre en citoyen,
Avait pu supporter l'oeil d'un homme de bien !
Peut-être sous César trop souple au diadème,
Mais par pitié pour Rome et non pas pour lui-même !

Quand sous le fer trompé César fut abattu,
Antoine eut peur en lui d'un reste de vertu ;
Fulvie aux triumvirs mendia cette tête ;
Octave marchanda ; Lépide, un jour de fête,
Ne pouvait refuser ce bouquet au festin ;
La courtisane obtint ce plaisir clandestin,
La meute des soldats qu'un délateur assiste
Sortit de Rome en arme et courut sur la piste.
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MessageSujet: Re: Alphonse De Lamartine   Mar 20 Nov - 22:54

Cicéron, cependant, par ce divin effroi
Qui glace la vertu lorsque le vice est roi,
De Rome, avant l'arrêt, l'âme déjà bannie,
Parcourait en proscrit sa chère Campanie,
Tantôt quittant la plage et se fiant aux flots,
Tantôt montrant du geste une île aux matelots ;
Enfin, las de trembler de retraite en retraite,
Il se fit débarquer dans ses bains de Gaëte,
Délicieux jardins bordés de mers d'azur
Où le soleil reluit sur le cap blanc d'Anxur,
Où les flots, s'engouffrant dans ces grottes factices,
Lavaient la mosaïque et, par les interstices,
Laissant entrer le jour flottant dans le bassin,
Des rayons sur les murs faisaient trembler l'essaim.
Mais des soldats rôdeurs les pas sourds retentirent,
Par leurs gazouillements ses oiseaux l'avertirent,
Quelques reflets de hache avaient dû les frapper ;
Remontant en litière il tenta d'échapper.
Il descendait déjà le sentier du rivage
Où sa galère à sec s'amarrait à la plage,
Quand on lui demanda sa tête ! - La voilà !
Il tendit son cou maigre au glaive ; elle roula.
Le jardin qu'il aimait but le sang de son maître....

De son bouquet sanglant ardente à se repaître,
Fulvie, en recevant la tête dans son sein,
Passa sa bague au doigt du tribun assassin,
Puis, dans l'organe mort pour punir la harangue,
De son épingle d'or elle perça la langue,
Et sur les rostres sourds fit clouer les deux mains
Qui répandaient le geste et le verbe aux Romains !

Ainsi mourut au site où se plaisait sa vie
La gloire des Romains, l'ennemi de Fulvie !
Son beau cap, ses jardins, sa mer, ses bois, ses cieux,
Lui prêtèrent la place et l'heure des adieux ;
Ses oiseaux familiers voletant dans la nue
Lui chantèrent au ciel sa libre bienvenue !
Le sort garde-t-il mieux à ses grands favoris ?
Qui ne voudrait trembler et mourir à ce prix ?
Léguant comme ce sage, au sortir de la vie,
Son âme à l'univers et sa tête à Fulvie ?

Il n'est plus de Fulvie et plus de Cicéron ;
Notre Fulvie à nous c'est quelque amer Fréron
Dont la haine terrestre au feu du ciel s'allume
Et qui nous percera la langue avec sa plume !
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